Séminaire organisé par le Groupe d’Étude du Matérialisme Rationnel
Coordonné par Jean-Claude Bourdin et Gérard Bras
Depuis plus de trente ans la laïcité fait l’objet de polémiques tant sur les plans politique que théorique, sur fond d’un accord large au fait d’y être attaché. Il est alors remarquable que si elle divise, c’est que c’est sa nature qui soulève de multiples interrogations : est-ce un principe ? Si oui de quel type ? Quelle fonction ? Est-ce une « valeur » ? Si oui quelle en est la valeur ? Quel est son sens « authentique » ? Comment se réalise-t-elle ? Dans les institutions étatiques ou dans la « société civile » ? Par la loi ou par les mœurs ? Le débat national donne à croire qu’il y aurait une affinité particulière entre la laïcité et la France (son « identité », son « esprit », sa « vocation ») ? Comment comprendre cette affinité ? Pourtant on peut soutenir que la laïcité est un caractère de la seconde modernité politique. La mise en perspective par comparaison avec d’autres pays s’impose.
La question a pour enjeu la détermination de la place des religions dans la modernité. Peut-on adhérer à la manière avec laquelle une part de celle-ci se conçoit comme opposée à la religion dont elle promet la disparition ? Ou bien faut-il considérer que la modernité ne fait que séculariser des catégories théologiques issues du Moyen Âge chrétien ? Ne relève-t-elle pas de la nécessité d’avoir un substitut de la religion, sorte de « religion civile » sans Dieu, d’une règle jugée fondamentale du « vivre ensemble » dans une société marquée, comme beaucoup d’autres, par le pluralisme culturel et la multiplicité des modes subjectifs de vie, des formes de vie ?
La laïcité relève d’une histoire conceptuelle: depuis quand, depuis quels problèmes politiques, grâce à quelles notions anciennes retravaillées ou notions nouvelles, se sont imposées trois idées qui seront la base du concept de laïcité : la séparation du religieux et du politique, ou, sans doute, la séparation du religieux et du juridique, l’indifférence de la politique par rapport aux opinions religieuses des gens et la liberté de conscience religieuse (chacun fait son salut comme il l’entend, l’État ne s’en mêle pas et veille à la coexistence pacifique entre les sectes et les cultes), qu’il ne faut pas confondre avec la liberté d’expression. Prendre cette perspective, c’est aussi s’interroger sur le processus historique de laïcisation en cherchant à en dégager les moments, théoriques et politiques, et en le confrontant à celui de sécularisation avec lequel il ne doit pas être confondu.